Ce que les dernières photographies de Marilyn Monroe nous apprennent sur la photographie boudoir ( séance accorps parfait) 



Pourquoi les images de Bert Stern continuent de bouleverser notre regard sur les femmes… et nourrissent encore aujourd'hui ma manière de penser le portrait féminin.

« Une photographie ne devrait jamais chercher à fabriquer une femme plus belle. Elle devrait simplement prendre le temps de regarder celle qui est déjà là. »



Pour des raisons légales je ne peux diffuser les photos de cette séance mais vous les trouverez facilement sur le net - aussi afin d’illustrer cet article de blog j’ai utilisé mes propres images. 


Une séance accorps parfait  ne devrait jamais commencer par le corps

Il existe un paradoxe qui m'a longtemps intrigué.

Lorsqu'une femme me contacte pour réaliser une séance photo boudoir, la première chose dont elle me parle n'est presque jamais de ce qu'elle aimerait raconter d'elle-même. Elle ne me parle pas de son histoire, de son caractère, de cette façon bien à elle de rire lorsqu'elle est réellement détendue, ni même de ce moment de sa vie qui l'a conduite à pousser la porte de mon studio. Elle me parle presque toujours de ce qu'elle n'aime pas chez elle. (Son ventre, ses bras, ses jambes, les traces laissées par la grossesse, les rides,..) 

Cette cicatrice qu'elle oublie parfois, jusqu'au moment où elle imagine qu'un appareil photo pourrait la rendre soudain visible.

Je comprends parfaitement cette réaction, parce qu'elle n'est pas née par hasard. 

Depuis des années, nous apprenons à regarder les femmes en commençant presque toujours par leur corps. Les magazines, la publicité, les réseaux sociaux et même certaines photographies qui prétendent célébrer la féminité ont progressivement installé une idée presque invisible : avant d'être une personne, une femme serait d'abord une silhouette.

Nous avons tellement intégré cette manière de regarder que nous ne nous en apercevons même plus.



C'est probablement pour cette raison que je me sens souvent en décalage avec une partie de la photographie boudoir contemporaine.

Je ne dis pas qu'elle est mauvaise. Je ne dis pas davantage qu'elle manque de talent.

Certaines images sont techniquement remarquables. Les lumières sont parfaitement maîtrisées, les compositions sont élégantes et les poses soigneusement construites. Pourtant, lorsque je les regarde, il m'arrive parfois d'éprouver une étrange sensation. J'admire le savoir-faire du photographe, mais je peine à rencontrer la femme qui se trouve devant l'objectif.

Tout semble avoir été pensé pour mettre son corps en valeur.

Très peu de choses semblent raconter qui elle est.

Je me suis souvent demandé d'où venait ce sentiment.



Avec le temps, j'ai compris qu'il existait une différence fondamentale entre photographier un corps et photographier une personne.



Lorsque j'ai découvert cette série pour la première fois, je ne me suis pas arrêté sur sa nudité.

Je ne me suis même pas arrêté sur sa beauté.

Ce qui m'a frappé, c'est tout ce que ces images racontaient alors qu'elles auraient pu choisir de ne rien raconter du tout.

J'y ai vu une femme qui semblait parfois joyeuse, parfois fatiguée, parfois lointaine, parfois incroyablement présente. Une femme qui cessait, l'espace de quelques photographies, d'être Marilyn Monroe pour redevenir simplement Norma Jeane, avec ses contradictions, sa fragilité, son charme et cette humanité que les projecteurs d'Hollywood avaient souvent masquée derrière le personnage.

C'est à ce moment-là que j'ai compris quelque chose d'essentiel.

Les photographies qui traversent les décennies ne sont pas forcément les plus belles.

Ce sont celles qui donnent l'impression d'avoir rencontré quelqu'un.

Et c'est probablement ce que j'essaie de rechercher, moi aussi, chaque fois qu'une femme vient me confier son image.







Bert Stern n'a pas seulement photographié Marilyn Monroe. Il a photographié une femme.

Lorsqu'une photographie devient célèbre, il est tentant de croire que sa force vient uniquement de la personne qui y apparaît. Après tout, si The Last Sitting continue d'être exposée, commentée et publiée plus de soixante ans après sa réalisation, c'est sans doute parce qu'elle montre Marilyn Monroe, l'une des femmes les plus célèbres du XXᵉ siècle.

Pourtant, je ne crois pas que ce soit la véritable raison.

Les dernières photographies réalisées par Bert Stern appartiennent à une catégorie beaucoup plus rare. Elles semblent avoir échappé au vieillissement. Bien sûr, les coiffures, le maquillage ou certains choix esthétiques rappellent immédiatement les années soixante, mais quelque chose d'autre résiste au passage du temps. Lorsque l'on observe ces images aujourd'hui, on ne se dit pas simplement : « Voilà Marilyn Monroe. » On a plutôt l'impression de rencontrer une femme dont les émotions demeurent étonnamment proches des nôtres.

Je crois que c'est précisément ce qui distingue un grand portrait d'une simple belle photographie.

Un grand portrait ne cherche pas seulement à représenter quelqu’un. Il cherche à le révéler.

La nuance est considérable.

Lorsque l'on regarde attentivement The Last Sitting, on découvre une succession d'expressions qui ne semblent jamais totalement contrôlées. Marilyn rit franchement sur certaines images. Sur d'autres, elle paraît absorbée par ses pensées. Son regard devient parfois presque absent, comme si l'appareil photo cessait d'exister pendant quelques secondes. Puis, quelques clichés plus loin, elle retrouve cette intensité qui a fait sa renommée. Rien n'est figé. Rien ne paraît enfermé dans une seule définition.

Et c'est précisément cela qui rend cette série si humaine.





Cette manière de photographier demande beaucoup plus de patience que de technique. Elle oblige le photographe à abandonner l'idée qu'il sait déjà ce qu'il veut obtenir. Elle suppose d'accepter que les plus belles images apparaissent parfois entre deux consignes, entre deux éclats de rire, dans cet instant très particulier où le modèle cesse de réfléchir à son apparence et retrouve, presque malgré lui, quelque chose de profondément spontané.

Je me demande souvent si ce n'est pas là le plus beau cadeau qu'un photographe puisse faire à la personne qu'il photographie.

Non pas lui montrer ce qu'elle espérait voir.

Mais lui révéler quelque chose qu'elle ignorait déjà posséder.

C'est à cet instant précis que la photographie cesse de montrer un corps.

Elle commence enfin à raconter une femme.

Et je crois que c'est exactement ce que Bert Stern nous a laissé en héritage avec les dernières photographies de Marilyn Monroe. Non pas une leçon sur la beauté, encore moins sur la sensualité, mais une leçon infiniment plus précieuse : les portraits qui traversent les générations ne sont pas ceux qui cherchent à fabriquer une image parfaite. Ce sont ceux qui ont eu le courage de laisser une personne exister devant l'objectif.









Quand la photographie boudoir cherche d'abord à séduire, elle oublie parfois de raconter

Je me suis souvent demandé à quel moment la photographie boudoir avait commencé à changer.

Il ne s'agit pas d'un changement brutal, ni même d'une évolution que l'on pourrait dater précisément. Les styles photographiques évoluent comme évoluent les vêtements, la musique ou l'architecture. Ils se transforment lentement, presque imperceptiblement, au gré des influences, des technologies, des modes et, depuis quelques années, des réseaux sociaux qui accélèrent encore davantage cette circulation des images.

Aujourd'hui, il suffit de taper les mots photographie boudoir dans un moteur de recherche ou sur Instagram pour voir apparaître des centaines d'images remarquablement réalisées. Les lumières sont parfaitement maîtrisées, les décors sont élégants, les compositions sont soignées et les modèles semblent tous avoir appris le même langage corporel. Les épaules se tournent légèrement vers l'objectif, le dos se cambre juste ce qu'il faut, les lèvres s'entrouvrent presque naturellement, les mains viennent effleurer le visage ou les cheveux avec une précision étonnante. Rien n'est laissé au hasard.

Lorsque toutes ces images se ressemblent à ce point, racontent-elles encore les femmes qu'elles photographient ou racontent-elles surtout l'idée que notre époque se fait de la féminité ?

Je crois que les réseaux sociaux ont renforcé ce phénomène d'une manière assez fascinante.

Une photographie est aujourd'hui souvent regardée pendant moins d'une seconde avant que le doigt ne fasse défiler l'écran vers la suivante. Dans un univers où tout se joue si vite, il devient presque indispensable de produire une image qui accroche immédiatement le regard. Il faut un contraste fort. Une posture spectaculaire. Une lumière dramatique. Une émotion lisible en un instant.

La photographie devient alors une image que l'on consomme.






C'est probablement la raison pour laquelle les dernières photographies de Marilyn Monroe continuent de nous habiter. Elles ne cherchent pas à nous convaincre qu'elle était belle. Tout le monde le savait déjà. Elles nous donnent simplement le sentiment qu'une femme existe derrière cette beauté.






Parce que la sensualité naît de la présence, La séduction, elle, naît souvent d'une intention






Et ces deux démarches, bien qu'elles puissent parfois se rejoindre, racontent des choses très différentes.

Lorsque je photographie une femme, je ne me demande presque jamais comment la rendre plus séduisante.

Je me demande comment lui permettre d'oublier suffisamment l'appareil photo pour que quelque chose de profondément vrai puisse apparaître.

Je suis convaincu que c'est à cet instant que commence réellement la photographie boudoir.

Non pas lorsqu'une femme apprend à poser.

Mais lorsqu'elle cesse enfin de jouer le rôle que l'on attend d'elle.

Car une femme n'a jamais besoin de devenir quelqu'un d'autre pour mériter une belle photographie.

Elle a simplement besoin d'être regardée autrement.






La lumière ne sert pas à cacher les imperfections. Elle sert à révéler une présence.

La  lumière n'est jamais seulement un outil technique. Elle raconte toujours une intention.

Dans l'histoire de la peinture, les plus grands artistes ne choisissaient pas leur lumière uniquement parce qu'elle était belle. Ils l'utilisaient pour guider le regard, pour créer une émotion, pour révéler un caractère ou pour raconter une histoire. Je crois que la photographie fonctionne exactement de la même manière.

Chaque fois que nous décidons d'éclairer un visage, un corps ou un regard d'une certaine façon, nous faisons bien plus qu'un choix esthétique. Nous exprimons une manière de regarder l'autre.

C'est probablement pour cette raison que je me suis toujours senti plus proche des photographies qui révèlent que de celles qui dissimulent.

Cette idée me met mal à l'aise. Elle porte, sans le vouloir, un message qui me semble profondément injuste.

Comme si la photographie disait discrètement : « Ce que l'on ne montre pas ne pourra pas être jugé. »

Or, je crois exactement l'inverse. Je pense qu'une femme commence souvent à se réconcilier avec son image au moment où elle découvre qu'elle peut être regardée sans que personne ne cherche à effacer ce qui fait d'elle une personne réelle.







Pendant des années, nous avons associé la beauté à l'absence de traces. Une peau devait être parfaitement lisse.Un visage devait sembler figé dans une jeunesse permanente.

Comme si vivre, aimer, rire, mettre des enfants au monde, travailler, vieillir ou traverser des épreuves n'étaient pas censés laisser la moindre empreinte… C’est oublié que le corps est vivant

Je voudrais créer une photographie que l'on aura encore envie de regarder dans vingt ans, parce qu'elle racontera toujours quelque chose de vrai.

Et cette vérité ne naît ni de la perfection, ni de la retouche, ni d'une pose spectaculaire.

Parce qu'au fond, une photographie réussie n'est pas celle qui transforme une femme. C'est celle qui lui permet enfin de se reconnaître.







Nous passons une grande partie de notre vie à attendre le bon moment pour exister sur une photographie.

Il existe une phrase que j'entends presque chaque semaine

« J'attendrai d'avoir perdu quelques kilos. »

Ou encore :

« Je reviendrai quand je me sentirai mieux dans mon corps.

Certaines femmes me disent qu'elles préféreraient attendre la fin de leur grossesse, d'autres la reprise du sport, la disparition de quelques rides ou simplement ce moment un peu mystérieux où elles se sentiront enfin suffisamment belles pour accepter d'être photographiées. Au fond, les raisons changent très peu.

Pendant longtemps, je répondais en expliquant que toutes les femmes étaient photogéniques, que la lumière, les poses et mon expérience permettraient de les mettre en valeur. Tout cela est vrai. Mais, avec les années, je me suis aperçu que le problème n'avait finalement que très peu de rapport avec la photographie.

Le véritable obstacle n'est presque jamais le corps mais le regard que nous portons sur nous-mêmes. Nous avons pris l'habitude de croire que notre vie pouvait attendre. Que nous serions plus heureux plus tard. Plus beaux plus tard.

Que nous mériterions enfin une belle photographie lorsque nous serions devenus cette version idéale de nous-mêmes que nous poursuivons sans jamais réellement la rattraper.

Je trouve cette idée profondément triste. Parce qu'elle nous conduit à repousser indéfiniment des moments qui, eux, ne nous attendent pas.

Je me demande souvent ce qui se passerait si nous apprenions, ne serait-ce qu'une journée, à porter sur nous le même regard que celui que nous portons sur les personnes que nous aimons. Je suis convaincu que nous arrêterions immédiatement de vouloir attendre le bon moment.







Voilà pourquoi je ne demande jamais à une femme de venir réaliser une séance photo parce qu'elle est parfaite.

Je lui propose de venir parce qu'elle est vivante.

Parce qu'elle traverse une période de sa vie qui mérite d'être racontée. Parce que cette femme qu'elle est aujourd'hui disparaîtra doucement pour laisser place à une autre.

Et si je pouvais donner un seul conseil à toutes les femmes qui hésitent encore à franchir le pas, ce ne serait certainement pas de choisir la plus belle lingerie, ni même d'attendre d'avoir davantage confiance en elles. Je leur dirais simplement ceci. Ne remettez pas votre vie à plus tard.

C'est peut-être cela, au fond, la plus belle leçon que nous offrent les dernières photographies de Marilyn Monroe.

Elles nous rappellent qu'une photographie n'a jamais pour mission de figer la perfection.

Elle a simplement pour mission de conserver la vie, telle qu'elle était, au moment précis où personne ne savait encore qu'elle allait devenir si précieuse.













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Pourquoi je vous demande de respecter la date de votre séance… et de choisir rapidement vos photos