Cancer du sein : comment un projet photo à Samer a réuni quatorze femmes

On connaît tous quelqu’un touché par le cancer du sein.
Une amie, une collègue, un membre de la famille.
Et ce chiffre ne laisse personne indifférent : 1 femme sur 10 sera concernée dans sa vie.

Le dépistage, on le sait, c’est vital.
Le faire… c’est autre chose.
Il y a la peur, la pudeur, la gêne, le fameux “je verrai plus tard”.
Bref : des réactions très humaines.

Ce projet est né pour ça : rappeler, sans culpabiliser, qu’un simple rendez-vous peut vraiment sauver une vie.

L’idée vient d’Alexandre, professeur d’escrime à Samer et mari d’une amie modèle.
Un jour, il me dit : “Et si des femmes posaient avec des armes ?”
Et étonnamment, ça avait du sens.
Une arme, ce n’est pas juste du métal : c’est un symbole de courage, de défense, de combat.
Exactement ce que vivent celles qui traversent cette maladie.

Et pour moi, c’était évident : on ne parle pas du cancer du sein en cachant les seins.
Pas pour provoquer, mais parce que cacher ce dont on parle n’a jamais aidé personne.

On a fait une première séance test… et honnêtement, c’était un bon gros loupé : lumière plate, cadrages serrés, fond rose cliché… rien n’allait.
Mais cet échec nous a réveillés et m’a forcé à repartir à zéro, plus simple et plus juste.

La deuxième séance test a enfin trouvé son souffle : fond neutre, lumières sculptantes, cadrages plus larges, et trois femmes différentes qui ont donné de la cohérence au projet.
Très vite, j’ai senti qu’on avait trouvé la bonne direction.

Restait à trouver des volontaires.
Et là, soyons honnêtes : ce n’était pas simple.
Poser en photo, c’est déjà intimidant.
Poser seins nus, avec une arme, pour une exposition publique… là c’est une montagne à gravir.
Avec l’association, on a rassuré, expliqué, beaucoup discuté.
Petit à petit, femme après femme, onze personnes ont dit oui.

Le 6 septembre, l’ambiance était un mélange de rires, de stress, de café, et d’armes parfaitement alignées.
Chaque participante passait environ 10 minutes devant mon objectif.
Dix minutes pour sentir son énergie, comprendre son rythme, la mettre en confiance et capturer ce qu’elle dégageait vraiment.
À la fin de la journée, dix femmes avaient posé.

Une fois la séance terminée, j’ai retouché quelques images pour chacune.
Et rapidement, c’était évident : je n’allais pas décider pour elles.
Ce n’était ni mon corps ni mon histoire.
Je leur ai donc envoyé les photos en leur demandant de choisir celles qu’elles souhaitaient voir exposées.

La question de montrer ou non la poitrine s’est posée, puisque l’exposition se tenait dans une maison médicale.
Après discussion, tout le monde a validé : rien n’était choquant, et cacher n’aurait eu aucun sens.

Et puis, il y a la réalité terre-à-terre : une exposition coûte cher.
Entre les tirages, les cadres, la logistique… les chiffres montent vite.
Heureusement, quelques mécènes nous ont soutenus et nous avons complété comme nous le pouvions, parce que cette cause mérite qu’on s’y engage pleinement.

Au final, ce projet a été avant tout une aventure humaine.
Quatorze femmes ont donné un peu d’elles, parfois beaucoup.
De la pudeur, du courage, et une vraie confiance accordée.
Et si, grâce à ce projet, ne serait-ce qu’une seule femme décide de faire un dépistage… alors tout cela aura eu un sens.


Et pour 2026

J’ai récemment eu une nouvelle idée pour l’édition 2026.
Comme je l’ai expliqué plus haut, la question de montrer ou non la poitrine est revenue plusieurs fois… et c’est précisément de là qu’est née la suite du projet.

Je me suis dit : et si on faisait l’inverse ?
Et si, au lieu de cacher, détourner ou dissimuler, on décidait de ne photographier que la poitrine ?
Sans visage, sans bras, sans accessoires pour la couvrir.
Juste cette zone du corps, comme elle est.
Sans hypocrisie ou pudibonderie excessive.

Pour renforcer ce côté précieux, l’un des deux seins serait recouvert d’une peinture couleur or.
Pas pour faire “joli”, mais pour rappeler que cette partie du corps qu’on sexualise constamment… est surtout une partie fragile, essentielle, et qui mérite d’être regardée autrement.

J’ai réalisé un premier test avec une amie.
L’image n’est pas encore parfaite, mais on tient vraiment quelque chose.
Il y a une simplicité, une honnêteté, une évidence que je n’avais jamais explorée jusque-là.

Si vous souhaitez participer à la prochaine exposition, ou simplement en discuter, n’hésitez pas à me contacter.

Et pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin sur le sujet, je vous conseille la lecture de cet excellent livre d’Émilie Daudin : Dans mon sein.
C’est un témoignage fort, accessible, et vraiment précieux pour comprendre ce que vivent les femmes confrontées à cette maladie.
👉 https://www.amazon.fr/Dans-mon-sein-Emilie-Daudin/dp/2259310575/ref=tmm_pap_swatch_0

Merci à toutes ces femmes sans qui ce projet n’aurait pu voir le jour..

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Un nouveau départ (copie)